Critique de Two Years at Sea

Naturam Sequi

Two Years at Sea est un documentaire très particulier entre démonstration stylistique et hymne à la vie, au point de n’appartenir à aucun genre ou du moins celui de l’expérimental. Un Into The Wild du pauvre dirons les plus beaufs d’entre nous mais la réflexion est bien plus profonde.

Un ennui captivant

Sur cette pellicule panoramique, noir et blanc gravilleux et crayeux, s’inscrit la vie d’un homme, un vrai, un Jack Kerouac, un aventurier… bref un héros. On le suit dans des scènes quotidiennes intimistes et la réalisation se veut aussi simpliste que possible : musique presque inexistante hormis un grattage incessant et répétitif de cordes de guitare, un vinyle grésillant au milieu de nulle part et ce chant perpétuel des oiseaux et du vent frôlant les arbres,… ou même encore sa forte respiration au milieu du calme plat de cette nature respirant la vie. Bien loin des blockbusters explosifs à la Transformers, les plans fixes filmés en plan séquences sont d’une longueur abyssale… mais permettent une attention toute particulière à certains détails. A vrai dire, on est plus face à un essai stylistique s’appuyant sur des jeux de lumières intenses et une approche symbolique qu’à un véritable documentaire. On s’attarde sur une lumière en gros plan (avec ce fondu au noir symbolique du changement de vie et du retour aux sources), une bouilloire, une toile d’araignée, etc avec en fond musical ce sifflement presque incessant de cet ermite silencieux. Très peu d’éléments tiennent cet homme de la « civilisation » : seulement une habitation rustique en plein milieu de cet antre de paix canadien et une Jeep. C’est véritablement le dernier homme sur terre…

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Paisible escapade au milieu de nulle part

La vie est belle

Cette lenteur dans les plans et le développement du film est bien caractéristique de cette paix, de ce Carpe Diem, vivre le jour présent (dirai John Keating) et prendre son temps : pourquoi nous presser à la place de profiter de la vie et de ce qu’elle nous offre ? C’est ainsi que Two Years at Sea se présente comme une ode au bonheur tel un film à la Frank Capra, mais dont l’approche n’est vraiment mais vraiment pas la même. Cette approche un peu particulière peut être fortement pénible voire rébarbative pour certains, on ne peut le nier. Mais personnellement, je trouve qu’il y a un côté magique presque surréaliste dans cette réalisation pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste. L’utilisation de ce noir et blanc granulé et hésitant donne en effet l’aspect d’un vieux film de famille ou de vacances et retransmet particulièrement bien les émotions de ce vieux barbu, ou dirai-je plutôt de ce rêveur, dernier homme sur terre. Rien qu’à voir son regard émerveillé face à cette nature interminable et son visage reposé en dormant loin du stress de la routine des grandes capitales économiques du monde, on aimerai aussi tenter l’expérience. Pour lui, les tracas du quotidien n’existent pas : il aime les longues balades hivernales, il coupe du bois matin midi et soir à la Charles Ingalls dans La petite maison dans la prairie, on le voit prendre sa douche ou se réveiller lentement mais sûrement sans préoccupations d’un certain retard au boulot : qu’est ce qu’on aimerait être aussi courageux que lui pour oublier ce système contraignant et nous enchaînant dans un monde régit par l’argent. Et oui, contrairement à cet homme, nous n’avons rarement la capacité de suivre notre nature. Ainsi, il trouve son bonheur dans cette vie désengagée.

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Pause lecture

Sérénité et contemplation

Pour ceux qui s’attendaient à un véritable périple semé d’embûches et de rencontres plus invraisemblables les unes que les autres à la Into the Wild, ce n’est vraiment pas le film fait pour vous. En effet, comme je l’ai déjà dit, il s’agit vraiment d’un exercice de style dont le but est de retranscrire la « vrai vie » d’un ermite, de l’homme dans sa forme la plus pure. C’est pourquoi il est difficile de classer ce film, si encore on peut parler d’un film : il s’agit plutôt d’un regard direct sur la réalité, comme si la caméra n’existait pas et que le spectateur lui aussi se retrouver au milieu de ce monde sauvage et magnifique.

Le fond est remarquable, la forme est originale mais il manque cruellement d’enjeux à ce « documentaire » qui se veut, en plus du carnet de bord d’un homme en communion avec la nature, une fable écologiste (jamais autant d’actualité avec la COP 21) comme La forêt d’émeraude de John Boorman, plus romancé et captivant que cet OVNI mystérieux. De plus, c’est assez répétitif au point de retrouver à de nombreuses reprises les mêmes plans, les mêmes sons tel est le quotidien de l’ermite : en quelque sorte, on ne peut pas échapper à la routine mais on peut varier les activités (construction d’un radeau…). La fin, bien qu’un peu longue, est intéressante par l’utilisation d’un éblouissant fondu au noir qui petit à petit vient estomper puis cacher la figure de cet homme à la faveur de la lumière du feu et de l’obscurité ambiante.

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A la recherche de la nature perdue…

Conclusion

Two Years at Sea est vraiment une découverte surprenante par son côté intimiste de l’approche du (seul) personnage principal et par son approche aussi réaliste et extravagante que possible afin de retranscrire au maximum la beauté de cette nature aux milles richesses et de nous faire réfléchir sur les véritables priorités de la vie : Dépêche toi de vivre ou dépêche toi de mourir !

Suivons la nature !

Note: 6,5/10

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