Critique du Loup de Wall Street

La Valse des Boursiers

Voir un film de Martin Scorsese au cinéma, c’est comme faire la tournée des grands ducs, on prend son pied à chaque fois. A vrai dire, Le Loup de Wall Street ne déroge pas la règle. Ainsi, ce réalisateur tout à fait admirable, s’attaque à l’adaptation de la vie plus que tumultueuse de Jordan Belfort, courtier mégalomane, et ses méandres. Pari Réussi pour Scorsese, qui avec une énergie sans pareille, nous pond un nouveau volet des Affranchis … de Wall Street.

La couleur de l’argent

En effet, par une puissance narrative propre à ce cher Scorsese, Le Loup de Wall Street peut se voir comme l’incarnation, version finance, des Affranchis. Ainsi, on y retrouve des codes similaires et des techniques caractéristiques au cinémaScorsesien qui permettent une mise en scène lumineuse et un montage extrêmement rythmé. Martin Scorsese apparaît ici comme un réalisateur iconoclaste (comme il le définissait dans son Voyage à travers le cinéma américain), repoussant les limites du toléré, pour nous peindre une fresque épique, une sublime orgie, sur la folie des grandeurs d’un homme pas comme les autres.

Ce Bel Ami businessman shooté aux stupéfiants de toutes sortes ensorcelle et nous corrompt au point de nous assujettir: c’est pourtant bien ce qu’il fait, regardez la meute de paumés à ses pieds dans l’attente d’obtenir de ses précieux conseils pour réussir. Allez-y, vendez-moi ce stylo ! Le génie et ses disciples, une bande moutons manipulés et profondément crédules. Regarder moi, imiter moi, je suis le roi et vous n’êtes qu’une bande de soumis. Scorsese signe ainsi le plus virevoltant des divertissements lucido-cocasse de ces dernières années doublé d’une satire astucieuse sur la société américaine et ses charognes de boursiers qui détruisent les économies de millier de foyers rien que par un coup de téléphone. Mais on y retrouve surtout la question du fautif et du péché, « ces brokers de Wall Street autoproclamés maîtres de l’univers, tous ces Gordon Geko à la mords-moi-le-nœud, qui inventent chaque jour de nouveaux moyen d’exploiter les pauvres et mieux piller la planète, tous ces enculés de chez Enron méritent d’aller en tôle jusqu’à la fin de leurs jours et d’y crever ! » (comme dirait Edward Norton).

Comment parler du Loup de Wall Street sans parler de la prestation exceptionnelle des acteurs ! En effet, Leonardo DiCaprio sort le grand jeu. Il est totalement épatant avec ses changements d’humeurs entre folie, colère et rire… C’est un hyperactif névrosé comme son compère Jonah Hill, vraiment hilarant avec ses gros délires (le poisson rouge). Margot Robbie reste l’excellente révélation du film, magnifique et impressionnante dans son rôle de la Duchesse de Bay Ridge, et on est pas prêt de ne plus en entendre parler.

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Jordan Belfort, l’arriviste de Wall Street

Party sous acides

Martin Scorsese ne nous laisse pas le temps de souffler entre les exploits abracadabrantesques de ce Barry Lyndon de la finance (de son avènement à sa déchéance). C’est un pur bijou de divertissement, la Quintessence du plaisir cinématographique qui fait atteindre l’ataraxie au spectateur. C’est ce que procure Wall Street et l’argent pour Jordan, une jouissance lui permettant une liberté presque jupitérienne. Teinté d’un cynisme irrévérencieux, Scorsese arrive à nous passionner et donner de l’empathie envers de parfaits salauds, des ordures, des charognes animés par l’illégalité, l’argent et… l’American Dream. Ce Wall Street représente l’American Dream du capitaliste décadent avide de toujours plus d’argent jusqu’à l’implosion. On croirait ces personnages tout droit sortis d’un roman de Hunter S. Thompson. Loin au-delà de l’exubérance jubilatoire de certaines bambochades, la farce se fait grinçante et profondément cynique. On y reconnaît même un air de La Valse des Pantins mais à la place du monde du spectacle, c’est celui des courtiers de Wall Street. Difficile de percevoir une morale chez Scorsese, lui qui fait de ses personnages des héros sympathiques alors que ce sont les pires connards que la Terre ait porté: Scorsese pourrait faire de Jack l’Eventreur le plus pacifique des hommes ! C’est ça qui est magnifique dans son cinéma, il fait gober n’importe quoi à son spectateur et passionne par ses personnages haut en couleurs et complètement barrés.

La folie des grandeurs anime Belfort et ses nombreux excès ne manquant pas de panaches et tiennent en haleine. L’anthologique scène du Lemon 714, l’incroyable escapade de Jordan et son pote Donnie, le consanguin aux pays des merveilles paralysés aux psychotropes vieux de 15 ans, est vouée à devenir culte. Jamais les effets de la drogue et les trips sous acides n’avaient été mieux représentés depuisLas Vegas Parano. Martin Scorsese est véritablement un réalisateur intemporel: dans n’importe lequel de ses films, il s’adapte aux goûts cinématographiques du moment tout en apportant sa Scorsese Touch et même parfois redéfinir les codes. Enchaînant punchlines sur punchlines (tel un Ari Gold déchaîné) et par l’utilisation d’un langage franc parlé, cette pépite impressionne par son irréductible surenchère constante et orgasmique. Que c’est bon ! Que c’est Dantesque !

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Les nains en folie…

Conclusion

Martin Scorsese est un réalisateur de génie comme le prouve grand nombre de ses films (Taxi Driver, Les Affranchis, Casino…), Le loup de Wall Street prouve une nouvelle fois qu’il n’a pas perdu la main. Avec élégance et habileté, il nous envoi une taloche en pleine face sur la destruction d’un homme par la cupidité. D’une euphorisante insolence et d’une indécence presque onirique, cette satire décapante et fraiche de la bourse t’envoi tout droit au 7ème ciel. Les 3h passent à une vitesse folle et on en redemande. Le loup de Wall Street est d’ors et déjà le film de tous les excès, procurant une jouissance absolue devant les exploits arriérés mais palpitants de ce magnat de la finance.

Le loup est dans la bergerie, et les moutons n’ont qu’à bien se tenir !

Note: 9,5/10

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