Critique d’Alibi.com

Indiscrétions

RIRE, verbe : « Manifester un sentiment de joie intense par l’expression de sons convulsifs plus ou moins fort doublés d’un étirement de la bouche et d’une déformation momentanée de certains muscles faciaux »

Vous savez, quand on s’est tapé ce Baltringue de Lagaf’ ou encore les inénarrables aventures filmiques de Kev’ dickhead Adams, plus rien ne peut nous surprendre dans le panorama merveilleux du cinéma français. Ces bourreaux de l’art et de l’esprit semblent pulluler sur nos écrans tels des adolescentes en chaleur devant Cinquante nuances de Grey. Face à cette quête illusoire d’un rire subtil et raffiné, le Burn Out et le vide existentiel s’emparaient de mes derniers neurones à chaque « Tucherie » rencontrée. Parfois, l’espoir renaissait à travers des exceptions fantaisistes d’absurde, mais sans transcender le genre ni provoquer ces rires inespérés. Mes attentes étaient-elles trop conséquentes ou bien cette folie de la décadence française me détruisait-elle à petit feu ? Pourtant, je ne demandais qu’à prendre du bon temps et à me tordre d’un rire brut chronique et spontané. L’espoir d’un réveil de la force comique se dissipait sur les horizons de l’Idiocracy

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Alors que la comédie française semble se complaire et agonise dans son non-humour, Alibi.com revêt un caractère presque providentiel vis-à-vis du constat actuel. Certes, à des années lumières d’incarner ce renouveau tant attendu de la comédie française, il triomphe là où beaucoup avaient échoués : faire rire. Car cela faisait une éternité que je n’avais pas autant ris à gorge déployée au cinéma. Peut-être était-ce lié à ma semaine aliénante de partiels dans l’antre de la folie ? Qui sait, Jack Nicholson avait l’air de bien se marrer après son travail créateur de dur labeur.

Par son rythme effréné, Alibi.com parvient à insuffler une véritable puissance de frappe vaudevillesque, non sans rappeler la Screwball comedy des années 30/40, avec son lot de situations extravagantes à la minute et l’exploitation d’une love story s’amplifiant dans la contrariété. C’est principalement la force et la faiblesse du film puisque cet enchaînement de pseudo-sketchs ne constitue pas un véritable liant entre les scènes au détriment du scénario contrairement à un film comme L’impossible monsieur bébé qui arrivait à tenir le rythme sans tomber dans l’humour en dessous de la ceinture. Mais, à aucun moment, le film ne se veut être autre chose qu’une comédie entre amis : il n’a pas la prétention d’amener à une réflexion sur la portée symbolique de l’œuvre et s’apprécie en tant qu’une simple distraction populaire.

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Alliant références aux années 80/90 (Retour vers le futur, Mad Max, Goldorak…) et humour plus ou moins grossier, Alibi.com peut être aisément mis en parallèle avec le Ted de Seth MacFarlane, un équivalent américain, où le schéma narratif basé sur la référence à Flash Gordon se substitue ici au Kickboxer de Jean-Claude Van Damme, et son célèbre coup de pied retourné (que Philippe Lacheau tenta lors de l’avant première) ; sans oublier les innombrables caméos submergeant le film. A l’image de Babysitting, toute la chorégraphie comique réside dans l’engrenage ininterrompu de vannes, pour le meilleur et pour le rire, par l’imbroglio de ces simulacres loufoques, qui arrivent comme un chien dans un jeu de quilles.

Au-delà de l’aspect purement référentiel, Alibi.com, via la gaieté qu’il suscite, figure un réel plaisir coupable, engendrant l’hilarité par un effet collectif de fou rire dans la salle, effet sûrement amplifié par le mystère autour du film qui m’était présenté et la surprise découlant de ces facéties insoupçonnées. Le Rire, cette curieuse ivresse absente de la plupart des comédies françaises actuelles, afflue de toute part dans Alibi.com comme si la bande à Fifi nous avait administré un gaz hilarant et plusieurs boîtes d’antidépresseurs. Pour autant, le rire n’est qu’un outil pour cacher les défauts du film, nombreux et stéréotypés, mais quand on vient de passer une journée ou une semaine irritante, rire est le meilleur des remèdes. Demandez donc à Nicolas Cage, spécialiste en (sous) rires incontrôlés.

Méprise multiple…

Note: 7/10 (Plaisir coupable)

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