Critique de Guy and Madeline on a Park Bench

A rush, A glance, A touch, A dance

Sous le souffle nostalgique d’un parapluie Bostonien, Guy and Madeline on a Park Bench se voudrait ranimer la flamme zélatrice des pas tapageurs d’un Fred Astaire dans la chaleur d’une nuit jazzy. Mais de l’idée au résultat, de la passion aux contraintes techniques, l’œuvre étudiante de Damien Chazelle souffre parfois de son manque de moyens renforçant l’aspect confus de son intrigue. Pour autant, de cette incohésion s’ébauche de véritables envolées musicales, effusion dynamique d’une époque d’idéalisme face à la dépression du monde, refusant le réel pour disparaître sur les ailes de la danse. Car, en usant de ses références, Damien Chazelle parvient à retrouver, non sans une certaine spontanéité et fraîcheur, l’audace féconde de ces films mélodieux des 30’s, voguant sur l’ère du Pré-Code entre réalisme de l’ordinaire et l’illusion du music-hall.

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De ce micmac d’influences, Chazelle construit son identité, une mise en scène puisant sa singularité dans cette passion plurielle, partagée entre mélomanie et cinéphilie : une caméra qui au final s’intègre pleinement à chaque sonorité, se voulant à la fois fluide et intimiste comme pour vivre la musique à la manière d’une expérience chorégraphiée. Même si l’état d’esprit est là, il ne reste qu’au stade de maquette, amorce du style Chazelle dans une instabilité parfois proche de l’amateurisme. Mais qui suis-je pour le sermonner ? Car, dans cette démarche néophyte, il compose déjà son avenir en y intégrant le leitmotiv de sa filmographie : les différentes facettes de la performance musicale, ici comme une passion s’affranchissant des mots pour relayer les sentiments.

C’est dans ce pêle-mêle d’idées et de motifs atypiques que Damien Chazelleesquisse la perfection de La La Land. Car, au détour d’un rapprochement de mains sur une barre de métro, Chazelle y insuffle toute la tension de cet amour naissant sur les images de la Fureur de Vivre. De même, cette scène où la caméra pivote en alternant numéro de claquettes et trompette figure le panoramique énergique entre la danse assurée d’Emma Stone et le doigtée de pianiste de Ryan Gosling. Toute la composition musicale de Justin Hurwitz se veut elle aussi d’une rare intensité au point d’y déterrer nombre de similitudes avec la partition étoilée de La La Land. Cette love story, malgré sa discordance, préfigure l’aspiration des héros de La La Land, unis par une même mélodie du cœur mais soumis au dilemme de passions incompatibles.

L’ouverture circulaire sur une ombrelle somme toute féminine suffit à introniser l’ombre des Parapluies de Cherbourg, référence ultime pour Damien Chazelle (y glissant par la même occasion un repère dans son titre), voyant dans le cinéma de Jacques Demy la nouvelle vague du musical où l’énergie danse avec une certaine désillusion. S’en suit un générique qui condense toute la nostalgie du cinéma de Woody Allen, sur les images de la relation passionnelle des deux protagonistes.

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En bon mélomane (et adepte de jazz clubs), Chazelle, sur les pas de Duke Ellington, capte l’essence même du Jazz, insufflant à l’écran le swing, l’improvisation et le conflit harmonique permanent entre les notes et le musicien, propres à ce genre qui au fond est une constante expérimentation. Car, dans cet hommage aux maîtres du passé, Chazelle se donne corps et âme pour réhabiliter cette musique bien souvent catégorisée de vétuste et poussiéreuse par les nouvelles générations, une réflexion qui sera d’ailleurs au cœur de La La Land.

Sous ses apparences soi-disant dépassées, le Jazz est ici suggéré sous l’angle du rapport direct du trompettiste vis-à-vis de son instrument, étreinte musicale passionnée proche de la démarche frénétique de Whiplash (Du travail, du sang et de la sueur) où la mélodie se vit comme une transe. A l’instar de cet épilogue sous forme d’une ballade pour trompette, Guy vit sa prestation, ferme les yeux pour imaginer les notes, donner une partie de lui-même à sa Madeline, un message d’amour que seul le blues de son instrument peut véritablement retranscrire.

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Mais s’il ne fallait retenir qu’une séquence de pure enivrement, c’est bien celle du “When I kissed the Boy in the Park”, où les claquettes magnifient le quotidien monotone des serveurs, comme si Gene Kelly et son sourire ravageur étaient venus nous dire Good Morning. Scène incandescente dans un ensemble pour le moins inégal. Néanmoins, ce croquis de La La Land manifeste une vitalité qui fait plaisir à voir.

Love In the Fall…

Note: 6/10

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