Critique de Pirates des Caraïbes 5: La Vengeance de Salazar

Le Bar bossé et le Jacques c’poivrot

A une époque où tout se franchise et se démultiplie comme des Gremlins malveillants au contact d’une flotte hyper chlorée, que dis-je une armada de gouttes amères, l’univers Pirates des Caraïbes n’échappe pas à cette triste destinée faite d’impersonnalité passée à la photocopieuse, tout en scellant les concepts originaux dans des coffres inaccessibles dans les profondeurs de l’océan hollywoodien.

Mais comment toucher le cinéphile endurci, capable d’échapper à ce jeu de dupe, quand le cœur n’y est pas ? Sûrement parce qu’il est avant tout question de renflouer l’aumônière des ventripotents producteurs, consumant l’originalité à chaque cigare pétuné. Des industriels qui au final ont tellement peu de confiance dans le renouveau de leur produit qu’ils se retrouvent à réincorporer les personnages originels pour des scènes purement futiles (fan service oblige), et à nous offrir un post-générique tentaculaire, comme pour traduire le déclin d’une saga autrefois aventureuse et sensationnelle, en faisant ici l’économie des frais de recherche et développement. Une magie qui semble donc disparue à jamais avec le départ de Gore Verbinski, une magie que Disney tente aujourd’hui de reproduire en vain à travers ses diverses adaptations live sans en insuffler une once d’émotion.

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A tel point qu’ils semblent nous rabâcher l’éternelle excuse du « C’était mieux avant » en axant l’intrigue sur la nostalgie d’un passé glorieux, fait de personnages charismatiques et d’un sens hors du commun pour l’épique. Un mot que Hollywood semble avoir oublié ces dernières années à force de tout passer à la moulinette des effets spéciaux inutiles et démesurément anti-spectaculaires. Cultivant l’invraisemblance visuelle et uniformisé sur le modèle commercial du blockbuster linéaire, ce cinquième opus s’enferme donc dans le carcan de la banalité, suivant les pas du naufrage de la fontaine d’incontinence.

PIRATES OF THE CARIBBEAN: SALAZARS RACHE

Pourtant, jouer la carte de la nostalgie aurait pu donner quelque chose de convenable, là où l’émotion n’a lieu d’être qu’à travers les envolées de la partition originale de Hans Zimmer. Mais mes souvenirs de jeunesse n’ont resurgi que pour effectuer l’inévitable constat d’une œuvre sans ambition aucune, préférant tirer sur des ficelles narratives usées à défaut de renouveler le souffle homérique ; la platitude du récit ne faisant que renforcer l’insignifiance de l’œuvre à mon égard.

Les mimiques de Johnny Depp, épuisant une nouvelle fois des caractéristiques inhérentes à son alcoolo déluré avec une excessivité presque dérangeante, n’arrangent en rien le bourbier dans lequel Disney s’est encore foutu. Un auto-sabotage dans les grandes largeurs, préférant à la folie des grandeurs le divertissement standardisé sans aucune saveur. D’autant plus que chaque tentative aventureuse se solde par une redite insensée d’épisodes exaltés des premiers opus, sabordant le fougueux navire de son invraisemblance digne des vertigineuses aventures de Xander Cage. A l’image de ce casse de banque dénué de toute excitation ou de cet acte final biblique d’une fadeur à vous couper l’envie de saluer des poissons derrière une vitre.

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Pire encore, cette étrange impression artificielle et insincère flottant sur l’œuvre, celle d’assister à une attraction où l’on dégobille son gueuleton réchauffé de la veille : faire la queue, attendre pour finalement errer sur l’eau au milieu d’automates défectueux jusqu’à la terne descente finale, espérée mais trompeuse, puis vient le haut le cœur et ne reste qu’un goût amère en bouche. La déliquescence est telle que la croisière aux caraïbes s’apparente plus à une promenade familiale imberbe dans le « It’s a Small, Small World ». Et autant dire que ce n’est pas le charisme d’huître de Brenton Thwaites qui empêchera le bateau de couler.

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Car, en voguant sur les flots de l’accoutumé, le récit se perd dans une niaiserie inopportune (retrouvailles familiales, humour féministe tout en lourdeur, Bardem plus inoffensif qu’un pistolet d’abattage, etc.) là où Verbinski insufflait une véritable noirceur et frénésie dans l’écriture. Au point qu’une franche amnésie vous harponnera à la sortie de cette émanation mercantile sans piquant : des âmes vagabondes au service d’une franchise condamnée, attendu qu’au cœur de l’océan, personne ne vous entendra sombrer. Et rares sont les séquences permettant à cette Vengeance de Salazar d’émerger à la surface de l’acceptable.

Tout compte fait, sous les promesses de jouvence, l’amertume ressentie face au saccage de mon enfance n’a d’égale que l’insipidité de ce Suicide Squale.

Dead Movie Telling No Tales…

Note: 4/10

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